L’intelligence artificielle n’est plus un sujet de curiosité : elle s’invite déjà, concrètement, dans les métiers de l’ameublement. Sur le salon EspritMeuble, au Studio M, la question n’est donc plus de savoir si elle va s’imposer, mais comment l’adopter avec justesse. Entre promesses de gains de temps et accélération créative, une certitude émerge : sans méthode, l’IA reste un outil superficiel. Et c’est bien la maîtrise qui fera la différence.
Réalisé en partenariat avec le CFAI, ce talk a été organisé et introduit pour éclairer les professionnels sur les usages et les compétences à acquérir. Le présentateur Jérôme Libeskind a échangé avec Yohann Chabuel, directeur artistique et formateur en IA générative (A2 et Plus), autour d’un point central : apprendre l’IA ne se résume pas à l’utilisation d’un logiciel.
Pour Yohann Chabuel, l’IA s’appréhende comme une nouvelle langue, avec sa grammaire, sa syntaxe et ses réflexes.
L’enjeu est de dépasser l’usage intuitif. Tout le monde peut obtenir un résultat rapide, comme lorsqu’on réussit à se débrouiller à l’étranger pour une demande simple. Mais pour aller plus loin, construire une interaction solide, et produire de la valeur, il faut intégrer des méthodes, structurer ses demandes et pratiquer. Dans ce cadre, la montée en compétence n’est pas un luxe : c’est une condition d’efficacité.
L’intervenant insiste aussi sur une dimension moins visible, mais décisive : l’IA n’est pas neutre. Elle est traversée par des biais, qu’il faut savoir contourner. C’est là que le savoir-faire créatif conserve toute sa place. Le designer doit garder son rôle de directeur artistique et sa signature personnelle. L’objectif n’est pas d’obtenir une réponse standard, mais une proposition pertinente, porteuse de sens, au service d’un parti pris, d’une intention et d’une identité.
Cette approche se mesure immédiatement dans la relation client. Bien maîtrisée, l’IA peut amplifier la manière de présenter un projet : aller plus loin dans l’émotion, enrichir l’expérience, produire des visuels plus convaincants et plus rapides. Yohann Chabuel évoque même la possibilité de pousser l’exercice jusqu’à une promenade virtuelle dans un lieu, en modifiant en direct des éléments de décor, de matériaux ou d’ambiance. De quoi réduire les zones d’incertitude, accélérer la décision et renforcer l’adhésion à une proposition.
Reste une idée reçue tenace : l’IA serait facile d’accès. Sur ce point, le discours est clair. Oui, l’outil permet de gagner du temps, mais seulement après en avoir investi pour se former.
Comme une langue, l’apprentissage demande un socle théorique, vite remis à jour tant les technologies évoluent. Ensuite, l’automatisation de certaines tâches libère du temps, au service de la créativité.À horizon trois ans, beaucoup de gestes seront probablement automatisés. Mais le designer restera chef d’orchestre. Et, dans un marché où les images et les expériences peuvent se standardiser vite, c’est bien le talent, la culture et la direction artistique, augmentés par une IA maîtrisée, qui départageront les professionnels.
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Designers augmentés, IA et co-création