À l’heure où les frontières entre habitat, travail et lieux de séjour s’estompent, l’hôtel dépasse sa fonction d’hébergement pour devenir une véritable scène de vie. Laboratoire d’usages et miroir des mutations sociétales, il ne peut plus se contenter d’un confort standardisé : il doit proposer une expérience singulière, perceptible dès l’entrée dans le lobby. Pour Jean-Philippe Nuel, l’hôtel s’apparente à un film dont chaque client est acteur, au croisement de la ville, du design et des services.
Réalisé en partenariat avec EspritContract et le magazine Intramuros, ce talk réunit Frédéric Marty (rédacteur en chef d’Intramuros) et Jean-Philippe Nuel (architecte d’intérieur, actif en France et à l’international). Trois axes structurent l’échange : l’hôtel comme observatoire sociétal, l’hybridation des lieux et la quête d’identité par le design.
L’hôtel, observatoire des transformations sociales
Selon Jean-Philippe Nuel, l’hôtel concentre toutes les fonctions de la vie contemporaine : on y habite, on y travaille, on s’y détend et on s’y restaure. Cette dimension globale en fait un révélateur des évolutions en cours : nouvelles mobilités, télétravail, recherche d’expériences plus personnalisées, attentes accrues en matière de sens, de confort et de flexibilité — tendances encore renforcées depuis la crise sanitaire. L’hôtellerie devient alors un terrain d’expérimentation : certaines innovations testées à l’hôtel se diffusent ensuite vers d’autres programmes, comme les bureaux ou les résidences services. D’où l’importance, pour chaque établissement, d’un univers cohérent.
Nuel aborde ses projets comme des « personnages » dotés d’une identité. L’arrivée dans l’hôtel joue le rôle des premières scènes d’un film : elle installe un ton et une atmosphère. Le parcours à travers le lobby, le bar ou le restaurant relève d’une mise en scène où chaque séquence contribue au récit de marque. Cette narration évite la standardisation et donne une direction claire aux choix d’architecture, de lumière et de mobilier.
Hybridation et convergence des usages
L’hôtel contemporain ne se limite plus au séjour : il fonctionne comme un hub ouvert sur la ville. On peut y travailler, y bruncher, s’y retrouver pour une réunion ou une séance de sport, parfois sans y dormir. Les typologies convergent : des bureaux empruntent des codes hôteliers et des hôtels intègrent des logiques tertiaires. La modularité devient centrale, mais elle passe moins par le spectaculaire que par l’aménagement et le mobilier. Une salle de réunion pensée comme un salon chaleureux peut accueillir un atelier, un événement informel ou un temps de convivialité. L’enjeu : casser les codes impersonnels pour créer des lieux désirables, capables d’évoluer au fil de la journée.
Intimité, ouverture et modèle économique
La nouvelle hospitalité repose sur un équilibre : préserver la chambre comme refuge intime, tout en ouvrant l’établissement au quartier pour attirer une clientèle locale. Cette diversité d’usages soutient aussi l’économie du lieu : bar, restauration, spa et espaces événementiels deviennent des relais de croissance, au-delà du seul taux d’occupation.
Affirmer une identité singulière
Dans un paysage où les programmes se ressemblent, l’identité est stratégique. Elle se construit par l’architecture, les matériaux, la lumière et le mobilier, en évitant l’effet « showroom ». Le bon dosage entre pièces iconiques et créations sur mesure permet de signer un lieu, de le rendre non interchangeable, tout en maîtrisant les coûts. C’est dans l’articulation entre récit, usages, design et modèle économique que se réinvente aujourd’hui le récit hôtelier.
EspritContract
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Réinventer le récit hôtelier