Le Portugal ne se contente plus de produire : il innove, il monte en gamme et il accélère.Dans l’ameublement, la valeur se joue désormais sur la technologie, l’impact environnemental et la capacité d’adaptation.
À EspritMeuble 2025, l’industrie portugaise a affiché clairement ses ambitions : conjuguer savoir-faire et transformation.
Objectif : imaginer des intérieurs plus inclusifs, plus durables et plus intelligents.
Réalisée en partenariat avec
APIMA, cette table ronde s’est tenue sur le plateau Studio M et a été animée par le présentateur Jérôme Libeskind. Trois intervenants ont croisé leurs expertises :
Gualter Morgado, Directeur et gestionnaire de projets – APIMA, Eduardo Henriques, Directeur général France – Aicep Portugal Global, et Francisca Santos, Special Project Manager – Colunex.
Une industrie portugaise déjà engagée dans la transformationLe message est net : la transition est en cours, et elle est structurante. « L’investissement est très grand pour incorporer dans notre industrie toutes les capacités pour réussir la double transition numérique et écologique », explique Gualter Morgado. Cette transformation s’appuie sur un atout majeur : un tissu industriel complet et agile, capable d’intégrer des innovations tout en gardant la maîtrise de la fabrication.
Le Portugal revendique une combinaison rare en Europe : « la flexibilité des entreprises » et des savoir-faire artisanaux solides, associés à des technologies nouvelles. « C’est la combinaison unique des savoir-faire artisanaux et de la flexibilité de nos entreprises avec toutes les technologies », résume-t-il. Un positionnement qui répond directement à la demande des marchés : qualité, réactivité, personnalisation, et capacité à suivre des cahiers des charges de plus en plus exigeants.
La maison intelligente : un enjeu concret, pas un gadgetLa table ronde rappelle que la maison intelligente n’est plus une projection abstraite. Objets connectés, systèmes de prévention, solutions de confort : l’innovation progresse et peut trouver des applications dans l’habitat. L’enjeu dépasse la performance technologique : il s’agit d’améliorer l’expérience de vie, de rendre l’environnement plus sûr et plus inclusif, notamment face au vieillissement de la population et à la recherche d’autonomie.
Le “smart” devient un levier de valeur quand il sert un usage clair : mieux vivre chez soi, plus longtemps, avec des solutions discrètes, fiables et réellement utiles.
Durabilité : “la vraie écologie, c’est ce qui dure”Côté industriel, la transition écologique prend d’abord une forme très concrète : fabriquer des produits capables de durer. Chez Colunex, cette approche fait partie de l’ADN. « Il n’y a rien de plus écologique qu’une chose qui va durer longtemps », affirme Francisca Santos. Dans le domaine de la literie, le raisonnement est limpide : un matelas conçu pour durer 15 à 20 ans réduit l’impact environnemental, en évitant des remplacements fréquents.
« Si on peut avoir un matelas qui peut durer 10 ou 15 ans au lieu de 5 ans, ça c’est la vraie écologie », poursuit-elle. À cette logique s’ajoutent des choix industriels cohérents : verticalisation, contrôle des processus, sourcing au plus local possible et recours à des matériaux plus naturels ou recyclables, tout en maintenant le niveau de confort et de performance attendu.
L’innovation, oui… mais avec une exigence de prudenceLe débat a également soulevé un point clé : dans certains espaces, la technologie doit rester maîtrisée. La chambre, et plus largement le sommeil, touchent à l’intime. « La chambre, c’est l’endroit où on doit maintenir la privacité », rappelle Francisca Santos. Colunex travaille sur des pistes plus technologiques, mais refuse de précipiter leur mise sur le marché.
« On va le lancer uniquement quand on est sûr que ça va être bénéfique et pas préjudiciable pour la santé et pour le sommeil », insiste-t-elle. Un arbitrage essentiel, alors que certains usages connectés peuvent devenir anxiogènes ou intrusifs. L’innovation ne vaut que si elle améliore réellement la qualité de vie.
Les défis à relever : impact, talents, coopération européennePour Gualter Morgado, cette montée en gamme suppose de répondre à trois défis majeurs : réduire l’impact environnemental sur l’ensemble de la chaîne de valeur, attirer et former les talents capables d’intégrer les nouvelles technologies, et renforcer la coopération européenne.
Sur ce dernier point, l’enjeu est stratégique : « Nous ne sommes pas dans les mêmes conditions de compétitivité entre l’industrie européenne et les autres industries autour du monde », souligne-t-il. Derrière la transition, se joue aussi une question de souveraineté et d’équilibre industriel.
France–Portugal : une relation qui change de natureSi l’industrie portugaise accélère, c’est aussi parce que ses marchés sont structurants. « La France, pour l’industrie portugaise, est le premier marché », rappelle Eduardo Henriques. Mais le point de bascule est clair : l’avantage n’est plus seulement économique. « Ce n’est plus un argument de vente d’être moins cher… aujourd’hui, ce sont la qualité, la proximité, la flexibilité et la capacité de personnaliser », insiste-t-il.
Autre force : le Portugal a conservé un écosystème industriel dense. « On a conservé le tissu industriel… le cluster existe, l’écosystème est là », ajoute Eduardo Henriques, soulignant ce que cela change en termes d’efficacité, de réactivité et de capacité de production.
Dans cette relation, Aicep Portugal Global agit comme facilitateur. L’organisme accompagne les entreprises françaises dans la recherche de partenaires adaptés : clarification des besoins, identification de fabricants, organisation de rendez-vous B2B et visites sur place. « Le but est de trouver les partenaires les plus adaptés possible pour les clients français », explique-t-il.
Une reconnaissance visible sur le terrain
En conclusion, Francisca Santos résume l’évolution en une phrase : la perception change. Colunex constate une montée en notoriété en France. « Avant, on venait ici et personne ne nous connaissait… aujourd’hui, on entend : “ils font quelque chose de très bon” », partage-t-elle. Une reconnaissance qui illustre la dynamique portuguaise : gagner en visibilité, non par le volume, mais par la valeur.
EspritMeubleVisionner la table ronde ici :
Innovation et double transition pour des environnements inclusifs et des maisons intelligentes